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Tu restes comme une tâche blanche sur un paysage que je pensais noirci par l'originalité.

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Messages : 56
Date d'inscription : 16/05/2013
Localisation : Bretagne.
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MessageSujet: Tu restes comme une tâche blanche sur un paysage que je pensais noirci par l'originalité. Tu restes comme une tâche blanche sur un paysage que je pensais noirci par l'originalité. EmptyLun 10 Juin - 1:20




    Il y a des choses, des détails qui n'échappent pas à l'oeil humain, lorsque ceux-ci parsèment son quotidien. Mon quotidien à moi, c'était de me lever, de me préparer, d'aller au lycée. Je prenais rarement la voiture, préférant les transports en commun. Ça me permettait d'observer les gens, de contempler leur normalité à eux, et d'effleurer des doigts la conscience humaine, collective, de la société. Cette société qui construisait l'Histoire, qui enterrait chaque jour un peu plus le passé. Je marchais toujours sur le trottoir de droite, en descendant du bus, et le soir, en rentrant, je passais sur celui de gauche. Je marchais lentement, sans jamais me presser : mes écouteurs dans mes oreilles, déchirant mes tympans sous la violence d'une musique au volume maximum. Je n'aimais pas écouter la vie des autres. L'observer seulement me permettait de ne voir que ce que je voulais ou pouvait constater, sans jamais réellement m'y intégrer.

    Alors ce gosse, évidemment que je l'avais remarqué. Il me faisait penser à un chaton détrempé, abandonné dans le caniveau, qui serait remonté difficilement sur le trottoir, pour attendre quelque chose ou quelqu'un, assis contre le mur. Je le remarquais, et il faisait parti de mon quotidien. Je ne sais pas s'il m'avait déjà vu, s'il m'avait déjà regardé. Je sais que je n'avais jamais cherché à croiser son regard. Parce que dans mon immense arrogance de type avec un salaire, je n'avais pas le courage de croiser les yeux d'un garçon assis dans la rue, qui dormait sur le trottoir. Je n'avais pas le courage, parce que j'avais l'impression que le regarder, ou m'arrêter en face de lui, ça ressemblait à une sorte de moquerie, à quelque chose de superficiel, parce que je ne serais pas capable de faire plus.

    Alors, ce vendredi-là, alors que je passais devant lui, à l'aller, je tournais légèrement les yeux, pour ne pas le regarder, pour ne pas le croiser du regard. J'avançais un peu plus vite, désespéré par ma conduite, honteux de mon comportement. J'allais jusqu'au lycée, un peu soulagé de le laisser derrière moi, et de continuer mon quotidien de gentil prof marginal. Les heures passèrent, j'oubliais le visage du garçon, je riais, je souriais, j'engueulais, je démontrais, j'expliquais, je marchais, je soupirais, je notais, j'écrivais, j'approfondissais et je récitais. Le soir arriva, la cloche se mit à sonner. Je récupérais mes affaires, je jetais la sangle de mon sac sur mon épaule, et je sortais du lycée. Mes pensées concentrées sur Richelieu, je laissais l'automatisme de mes pas me conduire jusqu'à chez moi. Passer sur le trottoir de gauche. Tourner au coin du mur, et avancer calmement. Et arriver devant le gosse. Sur le mur sali par les intempéries et les crasses de la ville, il ressemblait à une tâche pâle. Je me figeais. Surpris d'être surpris, choqué d'être effrayé. Ça ne se faisait pas, peut-être, de s'arrêter devant un mendiant, à le contempler avec épouvante.
    Doucement, je levais la main, et ôtais mes écouteurs de mes épaules. Je m'approchais. Sans réellement savoir ce que je faisais, ce que je décidais, je me plantais devant lui, le scrutant. Il était maigre. Vraiment maigre. Le regarder bien en face, bien en détail, c'était différent de ces regards que l'on jetait à la va-vite en espérant ne pas croiser le regard de l'autre. Mâchoires crispées, bras croisés sur la poitrine, je le scrutais, cherchant à intégrer ce garçon dans sa totalité dans ma mémoire ; de sa couche de vêtements sales jusqu'à ses cheveux ternis. Ses cheveux ternis. Je crois que c'est ce détail là qui me fit me décider. Je tendais la main, refermais mes doigts autour de son poignet, et sans un mot, lui intimait de me suivre.
    C'était une sorte de kidnapping, pour alléger ma conscience.


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Blah blah blah.
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MessageSujet: Re: Tu restes comme une tâche blanche sur un paysage que je pensais noirci par l'originalité. Tu restes comme une tâche blanche sur un paysage que je pensais noirci par l'originalité. EmptyLun 17 Juin - 16:20

Ce qui fait d'Ange un être humain, est tout simplement le fait qu'il soit de chair & d'os. Surtout d'os en réalité. Sinon, il pourrait être relayé au rang de déchet, voir tout de même avec un peu plus de visualisation positive, d'objet non identifié. La pauvreté touche tout le monde & n'importe qui : même les plus chanceux & les plus honnêtes citoyens. Pourtant, malgré ce détail anodin, tout le monde regarde notre jeune homme avec peu d'intérêt. Personne ne voudrait être à sa place & c'est plus que compréhensible : qui aimerait finir de la sorte ? Lui s'en contre-fiche aujourd'hui, ayant abandonné un peu son cerveau sur le bord du trottoir, l'observant se faire piétiner de jour en jour.

Il subit donc, le terme subir s'employant plus pour décrire la situation, que plus ce qu'il pense, les regards en coin de chacun, les pas rapides trainant devant lui, préférant en fin de journée garder la tête entre ses avant-bras pour ne plus paraitre gênant aux yeux des passants : ou du moins, les laisser le regarder à leur guise, sans avoir cette crainte de croiser ses iris de souillon. Mais en dehors de tout ceci, Ange observe, il ne craint pas de fixer les gens, car il aime les détailler. Certains arrivent même encore à le surprendre, surtout les habitués, lorsqu'il se rend compte que certains détails le jour d'avant, ne lui avait pas encore sauté aux yeux.

Ce mec là par exemple en fait parti. Il n'a jamais posé son regard sur lui directement, mais notre garçon lui l'a déjà fait, & plus d'une fois. Il fait partie de cette catégorie d'homme qu'il apprécie de voir, car il est plutôt bien bâti & puis aussi, il a un chien. Il aime bien le voir se promener le soir avec, tout comme il lui arrive de sourire lorsqu'il le voit courir...lorsqu'il rate son bus. Il ne fait pas vraiment de distinction sur cet homme aux cheveux bleus, sur une échelle temporelle je sous-entends, parce que physiquement, il est tout de même particulier. Mais passons, il n'est pas le seul que Ange observe & surveille indirectement. Parce que ça l'occupe & qu'ainsi, il y trouve une certaine compagnie : cela fait toujours du bien de croiser des gens régulièrement, un peu comme si chacun se connaissait.

Dans tout ça...une journée de plus. Une de plus ou l'homme aux cheveux bleus ne lui adresse pas un regard & file travailler. La routine, il n'est pas le seul sur la longue journée qui l'attend. D'ailleurs, c'est trempé par la pluie du début d'après-midi, que Ange retrouve l'homme le soir venu. Il descend du bus, comme tout les jours, & après il rentrera, sortira son chien & une fois fait, la nuit sera tombé, il sera temps de rentrer. Rentrer où ? Dans ce carton, au fond de la ruelle, mine de rien, il l'aimait bien son carton...même si là, il allait être trop aussi humide que le vêtement qui l'habillait. Mais passons. La routine, ça se casse, ça trouve toujours le moyen de voler en éclat quand on s'y attend le moins. Alors le voir arriver devant lui...fut un peu un choc.

Ses iris bleus purent alors enfin croiser les siens, sombre comme la nuit. La bouche entre-ouverte, notre petit Ange ne comprenait pas vraiment ce qu'il lui voulait. En tout cas, il le regardait, ça c'était certain. & ses bras, croisés sur sa poitrine ne lui disaient rien de bon. Il aurait pu avoir peur, il ne l'avait pas : de toute façon, qu'est-ce que cela aurait changé ? Sauf que voila...il finit bien par rater un battement de cœur lorsqu'il vit sa main lui prendre le poignet & le soulever...Il avait de la force, mais en même temps, lui n'en avait pas & pesait le même poids qu'un enfant de 10 ans. Mais au moins, il le tenait, car il avait du mal à se tenir correctement sur ses jambes, restées trop longtemps accroupies sur le bitume.

Sans un mot, il le suivi donc...tant bien que mal. Pourquoi, comment ? Ils ne s'étaient jamais parlé & là encore, ils auraient pu s'adresser la parole ! Mais non...c'est donc ainsi qu'Ange traversa la route & prit la direction que lui indiquait son kidnappeur. Il regarda cependant en arrière, une boule se formant dans son ventre. Qu'allait-il lui faire ? Il se surprit de penser à tout ça, alors que chaque pas un peu bancale, faisait clinquer le peu de pièces qui trainaient dans sa poche de veste.

« Je ne...vous...pourquoi ? »

J'aimerais bien vous y voir moi, de vous faire trainer de la sorte par un parfait inconnu. Qu'auriez-vous dit vous en plus ? De toute façon, il n'avait pas parlé assez fort pour qu'il l'entende, sa voix déraillant alors qu'il prononçait ses premiers mots de la journée. Mais quoi qu'il en soit, il ne se débattait pas : même sans force, il aurait pu rechigner, mais non, il observait le dos de son kidnappeur, dessinant avec aisance sa nuque, & sa musculature visible sous son tee-shirt...moulant. Cela ne dura cependant pas bien longtemps, car avec le vent, ses cheveux cachèrent sa vue, qui lui fit perdre l'équilibre l'espace d'un instant...

« Où m'emmenez-vous ? »

Une demande de plus, anodine. Il avait bien le droit de se poser des questions non ? Personnellement, je l'aurais vu comme le bourreau emmenant la brebis à l'abattoir pas vous ? Surtout une fois devant cet immeuble. En même temps, ne pas trop en demander, ici, c'était les quartiers pauvres, pas de quoi casser trois pattes à un canard !


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